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5 janvier 2007

L’impact de la mondialisation dans une micro-région rurale au Sénégal : Le cas des villages du Blouf (Basse-Casamance)

Par Jérémie PARNAUDEAU, soutenu le Jeudi 23 juin 2005 à l’Institut de Géographie et d’Aménagement Régional à Nantes, Salle 208

Le diaporama de la soutenance est consultable

SOUTENANCE : TEXTE

(Diapo 2)
PLAN :

1 - Le choix de l’étude entre envies et contraintes
2 - Préparation de la recherche et problématisation
3 - La genèse d’un territoire
4 - Le bouleversement d’un système
5 - L’approche paysagère
6 - Le choix d’une logique globale
7 - Intérêt et nouveauté du mémoire

(Diapo 3)
1 - Contraintes et choix pour l’étude

A la base de ce mémoire, des envies :

Réfléchir aux pratiques paysannes, et surtout à leur adaptation dans le contexte actuel de la mondialisation.
Intérêt pour les zones rurales, les espaces ruraux, les sociétés traditionnelles. Or, s’il en reste en France, c’est à l’état résiduel : d’où la volonté de travailler dans un pays du sud, auprès de sociétés véritablement paysannes.
Doublé d’un autre enjeu : le problème du développement, beaucoup plus critique dans les paysanneries traditionnelles africaines que dans nos régions.

D’où la volonté de faire le parallèle entre modalités d’intégration au système-monde et développement...

On voit ici qu’on en vient, progressivement, à l’idée de l’impact de la mondialisation.

L’envie de travailler sur un tel type de territoire se heurte évidemment à des contraintes. Les deux principales sont :

la barrière de la langue
et l’appui logistique nécessaire à la réalisation de l’étude.

D’où la nécessité d’un pays francophone, où travaille une association siégeant en Loire-Atlantique. Après cela, il me reste l’embarras du choix.

(Diapo 4) Pourquoi la Casamance ?

Après les rencontres avec l’association un, il s’avère qu’étudier le Blouf est intéressant. Sa société traditionnelle est restée enclavée longtemps, moins islamisée que le reste du Sénégal, peu touchée par les échanges, et donc très vulnérable à la mondialisation.

En somme :

C’est donc un territoire qui se prête bien à une étude d’impact de la mondialisation, d’autant qu’il s’intègre, comme on le verra en conclusion, à la thématique du Master « terres et mers atlantiques ».

A la lumière des explications recueillies auprès de l’association, il s’avère que la mondialisation est le fil conducteur le plus pertinent pour comprendre les mutations qui affectent le Blouf et la Basse-Casamance.

(Diapo 5)
2 - Préparation de la recherche et problématisation

La préparation du travail de terrain a été essentiellement bibliographique. Le travail de bibliographie comporte deux objectifs essentiels :

Objectif n°1 : s’informer sur le lieu et le territoire de l’étude.
Objectif n°2 : Construire un questionnement.

L’objectif à terme de ce questionnement est de MESURER L’IMPORTANCE de l’implication des espaces englobants sur le local, pour savoir si cette importance est négligeable ou au contraire un élément structurant de la vie quotidienne.

C’est donc de déterminer si le système se fonde sur le développement de ses ressources ou sur une extraversion croissante.

Avec en point de mire la volonté de montrer les travers ou les bienfaits d’une telle évolution. Il faut, bien entendu, la mettre en évidence d’abord.
D’où la problématique et la plan à expliquer.

Un plan qui partirait de l’espace, montrerait la construction du territoire et les spécificités de celui-ci, avant de montrer l’impact socio-économique et les conséquences géographiques de la mondialisation sur cet espace spécifique.

Il découle de la problématique l’élaboration d’un plan de recherche et d’outils de prospection.

Diapo 6

Les outils de la recherche doivent satisfaire trois objectifs :

Obtenir des clés pour comprendre l’espace
Construire des données scientifiques là où elles n’existent pas, pour appuyer les idées ;
Rencontrer les acteurs qui agissent sur le territoire.

Le premier objectif se traduit par l’utilisation de la littérature, notamment des outils, dictionnaires et ouvrages sur le thème ; les études sur le Sénégal, notamment sa place dans la mondialisation, et bien entendu les études sur la Casamance complètent cette bibliographie. Outre la littérature, on utilise tous les documents que l’on peut trouver sur la région : cartes, statistiques, documents obtenus auprès des services spécifiques au Sénégal. L’observation de terrain complète ces outils, par le biais de la photographie, des discussions...

Le second objectif s’est traduit par l’élaboration d’une enquête que j’ai menée auprès de 100 villageois de la communauté rurale de Mangagoulack. Le traitement de ces données sur Modalisa, puis Excel et enfin Illustrator pour les cartes permet de mesurer avec des chiffres l’importance de l’implication de l’extérieur sur le local. Elle est ma source principale.

Le troisième objectif nécessite la connaissance des dynamiques en cours et l’identification des acteurs de la zone, organisations non gouvernementales, associations de ressortissants et organisations paysannes essentiellement : il fallait les rencontrer et obtenir des renseignements à l’aide d’une grille d’entretien, et faire un relevé systématique des actions avant de les synthétiser dans des tableaux ou sur des cartes.

(Diapo 7)
3 - La genèse d’un territoire

La première partie du mémoire a pour but, essentiellement, de montrer en quoi le Blouf, tel qu’il est à la fin du XXème siècle en tant que territoire, est spécifique au sein du territoire sénégalais. Il est absolument fondamental de comprendre cela avant d’aborder les conséquences immédiates de la mondialisation.

Dans cette première partie, le processus de mondialisation intervient à travers de nombreuses manifestations, mais jamais avec l’acuité que nous lui connaissons aujourd’hui. L’approche chronologique s’est arrêtée au moment où le système traditionnel, qui se maintenait tout en étant profondément modifié, atteignait ses limites.

L’évolution que je mets en lumière à travers l’organigramme qui va suivre a pour objectif de montrer comment, à partir d’un milieu spécifique, la mondialisation a produit un espace particulier.

EXPLIQUER L’ORGANIGRAMME.

(Diapo 8)

J’ai voulu montrer combien les bouleversements liés aux différentes étapes de la mondialisation ont remis en cause le système géographique enclavé dans le Blouf. On mesure à cet instant l’ampleur de la crise :

Bouleversement culturel par la colonisation
Bouleversement social par la scolarisation
Bouleversement économique par la monétarisation
Exode rural très profond
Recul du cercle vertueux de la riziculture, propre à
la société traditionnelle

Avec l’ajustement structurel, crise de l’arachide,
donc renforcement de l’exode rural

Arrivée d’une crise politique, identitaire, au moment
où le système géographique traditionnel rencontre
ses limites (expliquer).

UN NOUVEAU SYSTEME EN GESTATION ?

(Diapo 9)
4 - Le bouleversement d’un système

La seconde partie du mémoire tente de montrer le nouveau système, un système géographique « mondialisé » - et, croyez-moi, je ne pense pas ce terme à la légère. Il nous faut un nouvel organigramme pour montrer combien le système géographique s’était inversé, l’extérieur tenant désormais la barre et régissant le système socio-économique en place.
Ce que je donne ici est donc l’organigramme d’un NOUVEAU SYSTEME. Deux organigrammes nous permettent de comparer les systèmes entre eux.
Expliquer l’organigramme.

Mais la mise en lumière de ce système m’a demandé du temps, elle m’a également demandé des preuves, et je tente par les graphiques, cartes et documents d’en apporter.

Ce système se traduit par des symptômes aisément repérables par l’enquête, les entretiens et l’observation :
La profondeur de l’exode rural

La faiblesse des activités
économiques

La disparition de la riziculture

L’importance de l’école

L’importance des transferts
d’argent

Le poids des choix des
ressortissants sur leurs
villages

L’impact des organismes
Internationaux.

Il s’agit là des principaux, mais pour chacun, j’apporte des cartes, des graphiques et des photographies montrant que le phénomène est étendu dans le Blouf, ou au moins dans la Communauté rurale de Mangagoulack lorsque je n’ai de renseignements que pour celle-ci. Mais le Blouf est un milieu très homogène, comme je l’ai expliqué dans le mémoire.

Ainsi, la seconde partie a permis de montrer un nouveau système géographique qui remplace le précédent. Ces deux systèmes successifs se fondent dans un même paysage, qui est l’apanage du géographe. D’où l’approche paysagère de la troisième partie.

(Diapo 10)
5 - L’approche paysagère

Cette approche est très intéressante puisqu’elle permet de satisfaire trois objectifs :

Favoriser l’observation
Donner du sens aux mutations paysagères
Enfin montrer que les réactions du milieu sont un facteur d’évolution du système.

En somme, montrer l’impact de ces systèmes sur le paysage permet d’intégrer la composante paysagère au fonctionnement de l’ensemble.

Détailler les trois objectifs

(Diapo 11) Détailler mutations sur les zones basses
(Diapo 12) Détailler mutations sur les plateaux

Ces mutations nous montrent à quels points les impacts socio-économiques de la mondialisation se répercutent sur le milieu. Mais ce qui est intéressant est l’effet catalyseur : on voit clairement ici, d’une part que les répercussions sont spécifiques au milieu dans lequel elles s’expriment (expliquer la riziculture) et d’autre part que le milieu joue, en somme, un rôle d’accélérateur de certains phénomènes. Le recul de la riziculture est accru par les processus de reconquête par le sel et contraint donc à un exode encore accentué.

Le milieu géographique et son étude, en corrélation avec ces impacts socio-économiques de la mondialisation permet donc de mettre en évidence un cercle vicieux où il joue un rôle prépondérant.
L’approche paysagère renforce la nécessité de mettre en ordre toute une logique qui apparaît de plus en plus clairement.

(Diapo 13)
6 - Le choix d’une mise en ordre générale des impacts de la mondialisation

Ce choix d’une mise en ordre qui forme en quelque sorte le fil conducteur du mémoire m’a semblé nécessaire pour plusieurs raisons :

En premier lieu, l’étude réalisée mettait en valeur un grand nombre de constatations, de faits, et il existait un certain danger de tomber dans l’énumération sans une tentative de synthèse.
Et surtout, l’ensemble de ces phénomènes, on l’a montré tout au long de ce mémoire, est induit par le processus de mondialisation. Il est le lien, le fil qui donne sens à toutes les mutations. Il semble donc logique de construire un édifice qui permette d’assembler tous ces phénomènes entre eux.
En définitive, c’est bien parce qu’on part de l’entrée par la mondialisation que l’on construit un système. Il s’agit de relier les divers phénomènes à ce processus pour les comprendre.

Il FAUT TENTER DE SAISIR L’ENSEMBLE DES PHENOMENES CONTEMPORAINS EN LES INSCRIVANT DANS UN SYSTEME QUI FAIT INTERVENIR LE MILIEU NATUREL, LE TERROIR TRADITIONNEL ET LE PROCESSUS DE MONDIALISATION.

Cette mise en ordre des processus permet une compréhension globale des problématiques du terrain et donc une intelligence des enjeux majeurs pour les années à venir.

(Diapo 14)

J’ai proposé cet organigramme en guise de synthèse. Il me paraît le plus pertinent, car il mêle l’entrée par le type d’espace et l’entrée par la mondialisation.

Expliquer l’organigramme.

(Diapo 15)
7 - Intérêt et nouveauté de l’étude

Pour conclure cette présentation, il me reste à tenter de montrer l’intérêt de l’étude. A mes yeux, elle comporte trois intérêts :

D’abord, celui de l’approche géographique qui renouvelle les études menées dans le Blouf et en Basse-Casamance ;
Ensuite, la volonté de synthèse dans la réflexion ;
Enfin, une certaine applicabilité de cette réflexion à la politique de développement.

Mon choix de la filière géographique est lié à cet intérêt : projeter un ensemble de processus, de mutations qui s’inscrivent sur un territoire, lequel est un espace déjà approprié, socialisé et même symbolisé.
D’où la pluralité des modes d’inscription de la mondialisation dans les lieux. L’intégration au système-monde est différentielle en fonction des antécédents. Ainsi, la suite logique de ce travail serait peut-être une étude comparative avec un autre terroir ouest-africain. Cela montrerait combien l’intégration au système-monde est différentielle en fonction des antécédents ou « héritages ».

C’est en cela que la réflexion est synthétique : on tente en effet de saisir l’ensemble des phénomènes contemporains en les inscrivant dans un système. Ce système fait participer le milieu naturel, le terroir traditionnel, et le processus de mondialisation à travers tous ses avatars.
Cette mise en ordre des processus permet une compréhension globale des problématiques du terrain et donc une intelligence des enjeux majeurs pour les années à venir.

C’est pourquoi l’on peut dire que cette analyse revêt une certaine applicabilité. Par l’analyse de nombreuses formes concrètes de projets de développement, on en extrait les manques et les problèmes.
L’analyse nous montre combien, en définitive, le système géographique actuel dans le Blouf entraîne la détérioration des terroirs et la dévitalisation des villages. Les projets ne cristallisent pas les élites sur place, et le potentiel humain se trouve en ville. Les initiatives sont quasi absentes.
J’ai pu réfléchir et discuter, avec les présidents de communautés rurales, sur les initiatives à prendre dans les villages, et nous en arrivons à la même conclusion : la nécessité de créer des devises sur place, en diversifiant les activités, avec une juste rémunération, par la coopération nord-sud.

Ce mémoire est clairement engagé, il tire une sonnette d’alarme et stigmatise les choix de développement réalisés actuellement par les gouvernements ouest-africains, au moins le Sénégal.

(Diapo 16)

En guise de mot de la fin, je reprendrai l’intitulé du master recherche pour montrer combien ce mémoire s’intègre à la thématique, et quelle force symbolique le titre « terres et mers atlantiques » offre à la démonstration.

On est parti d’un système traditionnel où les pulsations de l’océan ont fabriqué le climat et la morphologie de la Basse-Casamance. C’est effectivement une terre atlantique.
Mais plus encore, c’est bien l’Atlantique que le Sénégal a rejoint après ses tentatives ratées de « socialisme africain » (pour reprendre le terme de L. S. Senghor). C’est un « pacte de l’Atlantique » que celui qui a été signé avec le FMI pour la mise en place du programme d’ajustement structurel.

L’Océan, c’est la force de la Basse-Casamance, mais c’est aussi le symbole le plus fort de la mondialisation au Sénégal. C’est aussi sur l’Océan qu’elle s’exprime le mieux, à travers les accords de pêche internationaux.

D’où la moralité à expliquer.

Je vous remercie de votre attention...

Fait à Nantes, le 22 juin 2005.

Jérémie PARNAUDEAU